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L’après État Islamique en Irak et au Levant

30/11/2017 – 18h30 Syrie (Lengadoc Info) – Point de situation numéro 48 – La perte de territoire de l’Etat Islamique au Moyen Orient, si elle est déterminante et peut être qualifiée de victoire à part entière, ne signifie pas pour autant la fin de l’Etat Islamique ni la fin des combats en Syrie. Mais cela reste une étape majeure dans la lutte contre le terrorisme islamique de manière générale.

Pour résumer l’Etat Islamique en Irak et au Levant (Sham) redeviendra l’Etat Islamique tout court perdant ainsi sa dimension régionale au profit de la promotion d’une idéologie. L’EIIL (français) ou ISIS (anglais) redeviendra l’EI ou IS.

L’ Etat Islamique version 2.0

Avec la dépossession de son territoire et des infrastructures pétrolières, l’Etat Islamique perd son statut d’ « état » qui le distinguait de la masse des autres groupes salafistes pour devenir un simple groupe terroriste comme les autres. Terminée l’administration des villes via la Charia (vision rigoriste de la loi islamique) et terminée également la gestion des ressources pétrolières qui assurait un revenu colossal à cet « état ». Les revenus du pétrole, du gaz, des minerais, la Zakat (impôts) et autres représentaient près de 3 milliards de dollars de budget en 2014. Ces ressources providentielles disparues, le groupe va muter et s’adapter à cette nouvelle donne. Malgré ses pertes humaines énormes, le cancer que représente ce groupe takfiriste, va évoluer et se développer telles des métastases partout où un de ses membres posera les pieds. Sur les territoires syrien et irakien bien entendu, mais également à l’étranger.

D’ores et déjà, et alors que les combats ne sont pas terminés au Levant, plusieurs foyers sont en train de s’éveiller. N’oublions pas que l’Etat Islamique est, par essence, internationaliste et considère être en droit de porter le feu contre les kouffar (infidèles) n’importe où sur la planète.

3 zones apparaissent comme de possibles continuations de l’Etat Islamique moyen-oriental :

De manière simultanée nous retrouvons des tentatives :

– en Egypte

Cette dernière est en proie à de violentes tentatives d’implantation de la part de l’Etat Islamique, notamment dans le Sinaï. Un fait remarquable réside dans l’origine géographique de cet effort. C’est depuis la Lybie à l’ouest que se développe cette expansion, alors qu’on aurait pu s’attendre à ce que l’origine se trouve à l’est, depuis la Syrie et l’Irak.

– en Malaisie et aux Philippines

La tentative de prise de contrôle dans la ville de Marawi par un millier de combattants jihadistes le 23 mai 2017, même si elle s’est finalement avérée un échec, démontre bien l’intérêt de l’Etat Islamique pour cette région du monde. Il est important de souligner que cette insurrection islamiste avait été préparée pendant de longs mois dans la ville possédant la plus importante communauté musulmane du pays. Selon la formule de Mao Zedong, « le révolutionnaire doit être dans le peuple comme un poisson dans l’eau. »

– en Afghanistan

Le regain de tensions qui a lieu en Afghanistan suite aux déclarations bellicistes de Donald Trump est très préoccupant, même s’il n’est guère étonnant si l’on considère la sociologie des talibans. Ce qui est particulièrement inquiétant c’est l’immixtion de l’Etat Islamique dans le jeu et sa compétition avec Al Qaïda. Le terrain est particulièrement propice, sur fond de rejet de l’Amérique perçue comme le « Grand Satan ». Le contrôle de la production d’opium et le jeu trouble du Pakistan qui est depuis toujours la réserve à éléments radicaux dans la région sont des facteurs capitaux à intégrer.

Au niveau de la stratégie, peu de changements interviendront. L’objectif étant de s’implanter durablement dans une région du globe par des moyens militaires et d’appliquer la Charia de la manière la plus rigoriste et démonstrative. Le succès de ces implantations dépendent de nombreux facteurs parfois difficiles à intégrer. Par exemple, le soutien de certaines puissances occidentales directement ou indirectement, à des fins de déstabilisation et de redécoupage territorial. Avec les dégâts collatéraux auxquels il faut s’attendre.

Localement au Levant, les activités de l’Etat Islamique vont continuer mais de manière différente. La logique du « front contre front » ne sera plus d’actualité, au regard de la supériorité militaire du gouvernement syrien et de ses alliés. Nous assisterons majoritairement à une guerre de partisans se basant sur des cellules dormantes et des attentats suicide. C’est la tendance actuelle en cours en Irak qui maintient la population dans un état d’alerte permanent et menace la stabilité du gouvernement de manière continue.

Les nouveaux fronts en Syrie

La fin de l’Etat Islamique ne signifie pas l’arrêt des combats pour autant. En effet, la victoire contre Daech n’a été rendue possible uniquement que grâce à l’instauration le 4 mai 2017 de « zones de désescalade » dans la partie ouest de la Syrie. Ces zones ont été mises en place suite à un accord tripartite entre la Russie, l’Iran et la Turquie, nations d’influence sur le territoire. Ces fameuses zones ont permis de baisser considérablement l’intensité des combats, voire de les faire cesser intégralement. Ces zones situées à l’ouest de la Syrie étaient exemptes de présence de l’Etat Islamique et ne concernaient que des factions plus modérées. L’Armée Syrienne a ainsi pu libérer d’importantes troupes et les réaffecter à la lutte exclusive contre l’Etat Islamique. Cette réorganisation a entrainé en à peine une année, des résultats inespérés.

Une fois l’Etat Islamique dépossédé de son territoire, les efforts de l’Armée Arabe Syrienne vont pouvoir se tourner vers les territoires aux mains des rebelles à l’ouest. Notamment contre le groupe affilié à Al Qaida,  Hayyat Tahrir al-Sham. Les « points chauds » se situent pour la poche d’Idlib, au nord-est de Hama et au sud d’Alep; dans la zone de la Ghouta orientale située en banlieue nord-est de la capitale Damas et dans la zone frontalière avec Israël des plateaux du Golan.

Il convient de mentionner la question kurde qui va inévitablement se poser dans un futur proche. Les kurdes regroupés sous l’appellation de Forces Démocratiques Syriennes ont joué un rôle majeur dans la lutte contre l’Etat Islamique. Avec comme point de départ la reprise de Kobané en janvier 2015 et comme point d’orgue la libération de la capitale de l’Etat Islamique en Syrie, Raqqah le 17 octobre 2017. Deux problèmes majeurs vont désormais se faire jour avec la fin de l’Etat Islamique et donc le soutien des forces américaines.

La grande question concerne les relations futures entre les kurdes et le gouvernement de Bachar El-Assad. La question de l’autonomie du territoire kurde sera essentielle. Le gouvernement syrien est tout à fait opposé à une partition de son territoire, option qui n’est pas avancée par les kurdes. L’échec du référendum en Irak est encore tout frais et c’est plutôt vers une relative autonomie que vont porter les revendications. Un atout de taille pèsera dans les négociations, c’est la question des champs de pétrole d’Omar situés sur la rive orientale de l’Euphrate à l’est de Deir Ez-Zor. Le gouvernement syrien exigera de les récupérer mais ne sera peut être pas enclin à négocier quoi que ce soit pour les obtenir.

Le deuxième écueil pour les kurdes est l’attitude que va adopter la Turquie. En effet, cette dernière a habilement manœuvré et a positionné une force d’intervention militaire au sud du canton d’Afrin en se prévalant d’accords diplomatiques. Le canton d’Afrin est ainsi cerné de toute part par des troupes turques ou des troupes rebelles syriennes affiliées. Le seul obstacle à une intervention directe consiste dans le soutien inconditionnel des américains aux kurdes. Pour le moment…

Et l’Europe dans tout ça ?

Le continent européen sera malheureusement la cible des combattants de l’Etat Islamique qui voit en lui une cible de choix.

La faiblesse morale des européens et de leurs gouvernements, ainsi que leur incapacité à lutter véritablement contre les attaques terroristes désignent l’ensemble des pays d’Europe comme des objectifs privilégiés. L’Etat Islamique sait, en outre, qu’il bénéficie de réservoirs inépuisables au sein des populations musulmanes installées depuis longtemps sur le sol européen. Il peut également compter sur les combattants étrangers ayant connu l’épreuve du feu en Syrie et en Irak, qui sont rentrés dans leur pays d’ « origine ». Chaque individu devient ainsi le départ potentiel pour l’activation d’une cellule à fort potentiel terroriste.

L’auto-radicalisation via internet ou au sein des prisons est un fait reconnu par toutes les instances gouvernementales et participera de ce danger accru.

Un facteur déterminant est également à prendre en compte si on veut appréhender pleinement la menace islamiste, c’est le fort taux de dérèglement psychiatrique présent chez les populations immigrées. Selon le ministre de la Santé du Maroc qui en a fait une cause prioritaire en 2015, 48,9% des marocains souffrent d’une maladie mentale. Un quart de la population est atteint de troubles dépressifs, 1% de schizophrénie et 1% de bipolarité. Ces troubles se traduisent par des sautes d’humeur avec des explosions de violence, des comportements et paroles incohérents, le fait d’entendre des voix… Si on ajoute ces troubles mentaux au mode de vie communautaire faisant évoluer les immigrés hors des règles sociétales en cours dans les pays européens et que l’on y ajoute un islam sujet aux interprétations les plus dangereuses, on obtient un cocktail explosif! Ce sont les fameux « déséquilibrés ».

Il faut donc s’attendre très prochainement à de nouveaux bataclans et de nouveaux 14 juillet de Nice. D’autant plus qu’un fort ressentiment envers tout ce qui touche le mode de vie occidental animera les partisans de l’Etat Islamique vaincu sur son propre sol.

Les Etats Unis, la Russie, l’Iran, la Turquie et bien d’autres seront également les cibles de l’Etat islamique 2.0.

Martial Roudier

Photos : DR

Lengadoc-info.com, 2017, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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3 Commentaires

  1. l’allocation de sommes considérables pour maintenir un semblant d’intégration aux migrants et cela au dépend d’une aide dont souffrent des français, des logements retirés à l’armée et à des SDF, des allocations familiales énormes attribuées à des familles de migrants et autres interdits de séjour, la volonté de nos diirigeants de taxer de plus en plus la population française pour dégager les fonds nécessaires à ces pratiques ,tout cela relève d’un non sens, d’une courte vue, d’un suicide annoncé et d’une faute grave contre l’intérêt de l’état français, d’un affront à la population ce qui est punissable. Y a t-il une voix à l’Assemblée pour dénoncer? ou laisse t-on les 17 députés islamistes tranquillement suivre leur petit bonhomme de chemin pour devenir majoritaires d’ici une génération. Les enfants qui naissent maintenant seront-ils soumis à la Charia? laisse t-on faire? Voit-on cela d’un bon oeil ou les politiciens au pouvoir creusent-ils le trou dans lequel nous serons jetés sauvagement quant eux ,quitteront le territoir, les poches remplies?

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