Syrie

Syrie. Une fin d’année sous les auspices d’un troisième cessez-le-feu

31/12/2016 – 16h50 Syrie (Lengadoc Info) – Point de situation numéro 21 – Alors que la situation à Alep s’est enfin stabilisée, une troisième tentative d’application d’un cessez-le-feu national est en train de voir le jour sous l’effort de la Russie, de la Turquie ainsi que du gouvernement de Bachar El-Assad.

Stabilisation de la situation à Alep

Ces dernières semaines de décembre ont été relativement calmes en Syrie. Tous les feux médiatiques étant braqués sur la ville d’Alep et la reddition des quartiers Est de la ville aux mains de rebelles islamistes depuis quatre ans. Un véritable flot de désinformation s’est déversé sur l’opinion mondiale de façon à faire passer des islamistes pour de pauvres citoyens sans défense et les forces loyalistes pour des bouchers. Heureusement que la propagande de guerre touche de moins en moins les populations occidentales saturées par les mensonges des médias mainstream… Sinon comment expliquer les quantités phénoménales d’armements de tous calibres d’origine américaine, turque, bulgare…, les usines de bombes artisanales dans les écoles, les découvertes de charniers de soldats capturés et assassinés pendant les opérations d’évacuation de la population par le gouvernement? On n’a pas atteint le niveau des fameuses « couveuses koweïtiennes » pendant la deuxième guerre du golfe mais la tendance était bien présente.

Atelier "rebelle" de fabrication de bombes artisanales dans une école à Alep Est
Atelier « rebelle » de fabrication de bombes artisanales dans une école à Alep Est

Dans les faits, nous avons surtout assisté à la mise en place de l’évacuation des civils et des combattants des quartiers Est en direction du gouvernorat d’Idlib tout proche. Comme cela a été le cas de nombreuses fois dans toute la Syrie, les fameux bus verts ont effectué des transports qui se sont globalement bien passés dans des conditions de guerre civile où il est difficile d’organiser quoi que ce soit en raison de la multiplicité des belligérants et des logiques propres à chaque groupe. Rappelons pour exemple, qu’une demi-douzaine de ces bus ont été brulés le 18 décembre 2016 par un groupe rebelles qui s’opposait à l’évacuation de la population chiite de l’enclave de Kafarya et Foua à destination d’Alep.

Avancée kurde sur Raqqah

L’opération de libération de la ville de Raqqah, capitale de l’Etat Islamique en Syrie, par les unités kurdes des Forces Démocratiques Syriennes intitulée « Colère de l’Euphrate » ne connaissait pas un démarrage fulgurant et semblait être au point mort après les quelques succès initiaux au nord de la ville. Une nouvelle phase d’assaut a démarré la semaine dernière le long de l’Euphrate à l’Ouest de la ville. Une très importante partie du territoire a ainsi été libérée bien que cette zone ne présente que peu d’intérêt. Comme d’habitude dans ce conflit qui déchire la Syrie, les difficultés augmentent au fur et à mesure de l’approche des centres urbains plus faciles à défendre. Ces retranchements ne sont pas sans rappeler la présence des fameux forteresses templières disséminées en territoire syrien. Les forces kurdes se retrouvent donc à 40 kilomètres à l’Ouest et 25 kilomètres au Nord. Les troupes de l’Etat Islamique commencent à organiser une contre offensive et tentent de conserver à tout prix le barrage sur l’Euphrate au nord d’Al Tabqah. Au vu des autres offensives (Mossoul, Al-Bab…) il parait illusoire d’espérer grand chose de cette opération puisque les kurdes ne possèdent pas de soutien matériel conséquent.

Palmyre toujours aux mains de Daech

Palmyre est donc tombée le 11 décembre 2016 suite à un assaut massif de combattants de Daech venus d’Irak. Les troupes loyalistes se sont repliées en direction de l’Ouest autour de la base aérienne de Tiyas. Après de multiples tentatives de Daech pour capturer cette base, les troupes loyalistes bien retranchées en ont fait le point de départ pour les opérations de reconquête du territoire perdu. L’objectif étant bien sur la cité antique de Palmyre mais aussi la reprise des champs gaziers et pétrolifères des alentours. Les troupes d’élite mécanisées des Forces Tigre détachées d’Alep sont à présent sur place et amorcent des offensives.

La Turquie en difficulté à Al-Bab

La conquête du bastion d’Al-Bab au nord de la Syrie dont nous ne rappellerons pas l’intérêt stratégique, ne s’apparente pas à une promenade de santé pour les forces syriennes soutenues par la Turquie. A tel point que la Turquie déploie de plus en plus de ses propres troupes et notamment ses forces spéciales, beaucoup plus efficaces que les mercenaires syriens utilisés jusqu’à présent. L’offensive piétine malgré l’utilisation massive de chars, d’artillerie et de frappes aériennes. Pas moins d’une dizaine de chars Léopard turcs ont déjà été frappés par des missiles anti-chars en tentant de percer les défenses jihadistes. L’objectif initial turc était de parvenir à encercler totalement la ville et de réduire les forces jihadistes petit à petit. Malheureusement cet encerclement est loin d’être atteint et les combats autour de l’hôpital Al-Farouq témoignent de l’opiniâtreté des combattants jihadistes de Daech.

Deuxième phase offensive sur Mossoul

L’offensive sur Mossoul capitale de l’Etat Islamique dans le nord de l’Irak entre dans sa deuxième phase. Une grande partie des quartiers de l’Est de la ville ont dès à présent été libérés des mains de Daech. Les forces armées progressent également en direction du Sud Ouest et se rapprochent de l’aéroport. Ces avancées se font au prix fort car Daech a eu le temps d’organiser la défense de la ville, en multipliant les zones d’embuscade, en plaçant de nombreux pièges, en creusant des tunnels… Il est à ajouter que la présence de nombreux civils gène considérablement la progression des militaires irakiens et le fanatisme dont font preuve les jihadistes occasionne de nombreuses pertes grâce à l’utilisation de « véhicules suicides » (VBIED).

Le calendrier de l’offensive sur Mossoul s’en voit fortement décalé, on est loin de la « Blitzkrieg » vendue initialement par la coalition internationale. Le chef du commandement conjoint des forces de la coalition en Irak, le lieutenant-général Stephen Townsend a émis ses propres réserves et annoncé que la fin des hostilités de Mossoul et de Raqqah ne serait que dans deux ans… Un aveu de taille.

Le reste du Front

– De nombreux rapports d’accrochage émanent de la zone « rebelle » de Wadi-Barada située au Nord-Ouest de Damas. Les soi-disant rebelles ont eu la mauvaise idée de polluer l’adduction d’eau de la capitale syrienne et ont entrainé une offensive loyaliste contre cette zone auparavant exempte de toute menace. Les forces rebelles sont concentrées dans une série de villages situés en fond de vallée, avantageant de fait les forces loyalistes.

– Les premières entorses au cessez le feu ont eu lieu dans la zone du nord d’Hama par les forces islamistes. Ce secteur apaisé au profit de celui d’Alep tend à se réchauffer depuis quelques jours.

– Concernant le fameux cessez-le-feu, originellement il ne devait concerner que les groupes « rebelles » non qualifiés de terroristes, à savoir Daech et Jabhat-Al-Sham. Sept groupes majeurs ont signé cet accord avec la Russie, la Turquie et le gouvernement légitime de la Syrie. Ces sept groupes représentaient environ 60 000 hommes sur les 120 000 au total, soit la moitié d’entre eux, hors Daech. Une bonne opération pour les signataires loyalistes qui pourraient se concentrer sur leurs opérations en cours contre Daech. Malheureusement, et comme pour les deux fois précédentes, la concrétisation sur le terrain de cet accord de papier risque d’être difficile. Quelques accrochages sont déjà venus entacher ce cessez-le-feu…

– En Allemagne, à Berlin, un terroriste d’origine tunisienne se revendiquant de l’Etat Islamique s’est emparé d’un camion et a foncé sur le marché de Noël le 19 décembre 2016, occasionnant une douzaine de morts et 80 blessés. Ce mode opératoire est à relier directement avec l’attentat de Nice le 14 juillet 2016 qui occasionna 86 morts et 434 blessés. L’Etat Islamique a par ailleurs exhorté ses supporteurs à perpétrer des attentats de manière non coordonnée et en privilégiant la méthode du « loup solitaire ».

Martial Roudier

Photos : DR

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