L’ « affaire GameStop » ou l’arroseur arrosé

04/02/2021 – 18h15 Montpellier (Lengadoc Info) – Des fonds d’investissement rapaces pris à leur propre jeu sur les marchés ont perdu des milliards de dollars en quelques jours à cause de petits acheteurs coalisés sur internet. Ils auraient perdu beaucoup plus si, contrairement au film des frères Lumières, quelqu’un n’avait pas coupé le robinet. On décrypte l’affaire Gamestop…

Un jeu qui rapporte gros…

Le fond de l’affaire est relativement simple en définitive : des investisseurs de grande envergure (les fameux « hedge funds » de sinistre mémoire) ont décidé de procéder à une opération de vente à découvert sur une enseigne de vente de jeux vidéo, GameStop. La maison mère de Micromania, mise à mal par la dématérialisation des jeux vidéo et la crise sanitaire voyait son cours baisser. Les traders se sont alors lancés dans ce que l’on appelle du « short selling » : emprunter des actions, les vendre, attendre que le cours baisse, puis racheter les titres avant de les rendre et empocher la différence entre les prix de vente et de rachat. D’habitude une opération lucrative, mais aussi destructrice pour l’entreprise dont on joue avec le cours.

 …si tout se passe bien.

Tout le système tient tant que le cours de l’action baisse. Sauf que cette fois ci, des milliers de petits investisseurs, réunis au sein du groupe « WallStreetBets » principalement sur le réseau social « Reddit », ont parié à la hausse en achetant le plus possible de titres GME (qui détient GameStop). Ce faisant, les cours sont un peu remontés, mais le nombre de titres disponibles s’est vu limité, ce qui a eu comme conséquence la multiplication des prix. Les « hedge funds » ayant vendu des actions 30 dollars début janvier étaient maintenant obligé de les racheter parfois plus de 300 dollars.

La flambée des cours de l’action Gamestop

Ils auraient perdu ensemble 20 milliards de dollars, poussant même certains groupes à renoncer à la vente à découvert (entre autres « Citron Research »). Ils auraient d’ailleurs encore plus perdu si les applications de courtage utilisées par les petits investisseurs n’avaient pas limité le 28 janvier l’achat des actions GME, qui a depuis perdu de sa valeur.

Au temps pour le commerce « libre et équitable »

Cette intervention des opérateurs a été un véritable pavé dans la marre. En premier lieu c’est l’action directe des opérateurs comme « Robinhood », l’application de courtage principalement utilisée par les petits épargnants qui a choqué. Tout simplement parce que cela va à l’encontre de l’idée même du libre-échange, une notion de liberté totale difficilement compréhensible pour un non américain. Mais surtout parce que se dessine derrière, tout un réseau qui est pour le libre-échange, mais pas quand ça lui revient dans le nez. On remarque rapidement par exemple que « Citadel », le groupe partenaire de l’application « Robinhood », a des parts importantes dans Melvin Capital qui a perdu plus de 3 milliards dans l’affaire (près de 50% de son capital), ce qui l’aurait plus que motivé à bloquer les opérations, et pas seulement « pour limiter la volatilité du titre ». En d’autres temps (Grande Récession de 2008) on ne s’était pas montré aussi prudents.

La réaction des politiques s’est révélée des plus intéressantes. Mettant d’un côté d’accord républicains et démocrates sur l’abus des sociétés d’investissement, et d’un autre ceux s’inquiétant plus de la volatilité des marchés. C’est le cas de Janet Yellen, la nouvelle secrétaire au trésor de l’administration Biden, qui a demandé une réunion des principaux régulateurs des marchés financiers sur ce sujet, et non une action contre la violation directe des lois du marché qu’a été le blocage des échanges. En même temps, vu que madame le secrétaire a été payée 810 000 dollars pour une série de conférences par « Citadel », on peut légitimement se douter que ce n’est pas sa priorité.

L’affaire a surtout pris un tour mythique car on la dépeint un peu comme une bataille entre un groupe de petits épargnants faisant des mêmes sur internet, soutenus par Elon Musk, essayant de sauver leur boutique de jeux vidéo (Gamestop) contre des grands groupes n’hésitant pas à tricher à leur propre jeu. Grands groupes bénéficiant de l’appui des GAFAM (qui ont évidemment suspendu les groupes sur les réseaux sociaux où se regroupaient les internautes). Une revanche des victimes de la crise de 2008 sur ceux qui l’ont causée. Même si cette vision romantique n’est pas tout à fait vrai (il y aurait parmi eux beaucoup de semi-professionnels du courtage qui ont fait fortune sur cette affaire), il faut remarquer qu’ils ont réussi à mettre un grand coup de pied dans la fourmilière, s’attirant les foudres des puissants d’Outre-Atlantique.

Une certaine paranoïa s’est aussi installée : le cours de l’argent (métal) serait en train de suivre le même chemin que les actions « GameStop », et si on a accusé « WallStreetBets » d’être derrière, ces derniers ont démenti. Le cours du métal précieux serait remonté à partir du moment où les médias ont suggéré que c’était le cas.

Photos : Lengadoc Info

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