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Comprendre l’Islam au Maghreb. Une conférence de Jean-Pierre Hollender
Crédit : Lengadoc Info

Comprendre l’Islam au Maghreb. Une conférence de Jean-Pierre Hollender

28/03/2017 – 19h10 La Grande Motte (Lengadoc Info) – L’écrivain Jean-Pierre Hollender, spécialiste de l’Islam au Maghreb et gradué en droit islamique donnait le semaine dernière une conférence sur l’islam devant le public de la Grande Motte.

Tout d’abord, il demandait à l’assemblée de l’excuser pour ce lieu-commun énoncé en introduction mais néanmoins indispensable : « le monothéisme islamique est né dans le désert et donc ne peut admettre l’existence d’autres dieux »… « La forêt est remplie de mystères et de bruits, alors que dans le désert il n’y a que la voûte céleste et le grand silence. L’islam est né dans le désert et a été influencé par les deux autre religions monothéistes qui l’ont précédé, le judaïsme et le christianisme. Les musulmans issus de ces régions désertiques sont convaincus d’avoir parlé à Dieu ».

Jean Pierre Hollender est conscient de l’influence de l’environnement géographique sur la spiritualité. Ayant vécu à Constantine il conserve le souvenir de ces gorges escarpées et de ces grottes profondes qui entouraient la ville et du bruit assourdissant qu’y provoquaient le vent et le tonnerre et la terreur des autochtones.

Tandis que le christianisme était déchiré par ses hérésies, l’Islam convertissait les païens et autres adeptes des religions originelles. A l’époque de la conquête mahométane, l’Algérie est maillée par un réseau dense de 47 diocèses mais miné par 2 hérésies que sont l’arianisme et le donatisme. De plus, contrairement au christianisme, l’Islam est une religion sans dogme et sans clergé – n’importe quel musulman peut procéder à des conversions-. En France, les Francs sous la houlette de Clovis et de son épouse, ont adopté le christianisme pour des raisons politiques. Quant à lui, l’Islam va faire tache d’huile dans tout le bassin méditerranéen avant d’être arrêté à Poitiers. N’oublions pas qu’il s’agit plus, comme dans la plupart des guerres, d’une victoire technologique plutôt que théologique. Les Francs, en effet, disposaient d’étriers pour leurs chevaux alors que les mahométans n’en avaient point et maniaient la francisque à deux tranchants contre laquelle venaient se briser les sabres en cuivre recourbés de leurs ennemis.

Il est un élément qu’il faut intégrer quand on veut comprendre l’Islam, c’est la prééminence d’Allah. Chez les chrétiens, dieu donne son souffle à la naissance et laisse le libre-arbitre jusqu’à la mort. Chez les musulmans, toute la vie est entre les mains du dieu. On ne tue pas le voleur, puisque Allah l’a laissé faire, mais on lui coupe la main pour qu’il ne puisse pas recommencer. Quant à la notion de paradis, il n’y a pas de comparaison : « pour les chrétiens, ce sont des anges assis sur un petit nuage, pour les musulmans c’est un oasis de jouissance ».

Au moment de la chute d’Alger en 1830, un chef musulman y voit la volonté de dieu et en 1831, le Bey d’Oran n’hésite pas à demander l’aide des « roumis » pour l’aider à combattre les brigands.

Entre les deux guerres, Ben Badis, un ouléma célèbre, déclarait déjà qu’on ne pouvait être à la fois français et musulman. Et dans le bled on commençait à évoquer une victoire de l’Islam et non de l’Algérie, puisque celle-ci n’était qu’une création coloniale.

Au tout début de l’insurrection, la Voix du Caire, le 31 octobre 1954, annoncera que c’est le début d’un grand combat pour l’Islam. Ce à quoi répond une personnalité kabyle : « La France est en train de nous vendre à l’Islam ». Le 20 août 1955 à Philippeville, un iman explique à ses ouailles qu’ils peuvent attaquer les soldats qui, à leur arrivée, vont se transformer en moutons. Aussitôt dit, les indigènes montent à l’assaut du fort. Un légionnaire de garde tire sans arrêt à la 12 .7. Les ambulances évacuent les morts et les nombreux blessés. L’iman explique alors qu’Allah a changé d’avis au dernier moment et n’a pas voulu transformer les soldats en moutons… fin du film.

Jean Pierre Hollender qui adore illustrer ses conférences d’anecdotes vécues nous raconte que lors d’une discussion avec celui qui deviendra bien plus tard le patron du F.I.S (Front Islamique du Salut) Habbassi Madani, il lui demande : « Avec qui tu es ? Le FLN ou la France ? » ce dernier lui répond : « Ce n’est pas moi qui décide, c’est Allah ».

Jean Pierre Hollander va enfin évoquer une différence fondamentale entre les deux civilisations, c’est La situation de la femme. Le christianisme s’est développé sur le terreau du paganisme. La question de la vierge Marie ne pose problème à personne en Europe puisque elle reprend la figure emblématique de la « terre mère ». Mais cela est en opposition frontale avec l’Islam. En islam, la femme est impure, concept issu du judaïsme et de l’ancien testament. Pourtant l’orateur se souvient que chez les Chaouis (berbères des Aurès de l’est-algériens), les femmes n’étaient pas voilées.

Et puis surtout il y a cette possibilité qui convient parfaitement aux arabes de pouvoir répudier l’épouse en cas de naissance d’un troisième enfant « femelle ».

« Vous les Français vous êtes un peuple efféminé parce que vous octroyez trop de place aux femmes », c’est cette déclaration sans appel que jean Pierre Hollander entendra à maintes reprises en terre d’Islam.

Photos : DR

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