« La Gauche du Capital », rencontre avec Charles Robin

04/12/2014 – 08h00 Montpellier (Lengadoc-info.com) – Enseignant en philosophie, président du Centre de Recherche Interdisciplinaire pour la Transmission des Idées Critiques en Sciences sociales (CRITICS) et travaillant actuellement sur la création d’une école populaire autonome à Béziers, Charles Robin vient de publier aux éditions Krisis, un ouvrage intitulé La Gauche du Capital. En compagnie du philosophe Alain de Benoist, il organise une conférence ce vendredi à Montpellier sur la thématique « La gauche du capital : Besancenot-Parisot, même combat ! ». Lengadoc Info est allé à sa rencontre.

Charles Robin bonjour, vous venez de publier La Gauche du Capital, pourquoi ce titre ? Pensez-vous que la gauche a abandonné ses idéaux socialistes/marxistes ?

La Gauche du Capital est une expression un peu surprenante puisqu’elle associe deux termes qu’on a tendance, de moins en moins, a considérer comme antagoniques, puisque historiquement le capitalisme a plutôt été défendu par la droite patronale, et la gauche se situe dans l’opposition au capitalisme. Ce qu’on appelle le socialisme, historiquement, c’est un courant de pensée qui lutte contre la logique du capital. L’analyse que j’essaie de faire tend à montrer qu’un système économique tel que le capitalisme ne fonctionne pas à vide. Il ne fonctionne pas indépendamment des individus qui composent une société. Un système économique comme le capitalisme, a besoin pour atteindre son expansion maximale que les individus qui composent la société, aient intériorisé un imaginaire qui est celui de la consommation. A mon sens l’idéologie qui accompagne le mieux l’expansion du capitalisme, c’est l’idéologie de gauche et d’extrême-gauche qui est en fait une forme de libéralisme culturel présenté comme arme de résistance au capitalisme alors qu’en réalité, il en est le meilleur véhicule .

Il y a une évolution au cours du 20ème siècle de ce qu’on appelle la gauche, et que l’on a vu, à partir des années 1980, progressivement déserter la question sociale. Finalement la gauche est devenue aussi libérale économiquement que la droite mais comme on a pu le voir avec, par exemple, le mariage pour tous, elle tire un peu sa spécificité dans son attachement au libéralisme culturel, c’est-à-dire, l’extension des droits individuels et la considération du droit comme relevant simplement de la liberté des individus. L’ennui c’est que lorsqu’on analyse ce processus de libéralisation des mœurs on se rend compte qu’il accompagne l’évolution du marché, qui pour fonctionner a besoin de s’appuyer sur le désir individuel puisque le désir c’est le carburant du capitalisme de consommation.

Selon vous, l’opposition entre la droite affairiste et la gauche des valeurs a-t-elle encore un sens ?

Il y a un sens à parler d’un clivage droite/gauche du point de vue de la domination. A partir de ce clivage, on va créer artificiellement une séparation entre les catégories de la population, y compris dans les catégories populaires, pour maintenir l’illusion d’une opposition réelle au pouvoir en place. Par exemple, l’extrême-gauche qui aujourd’hui est présentée médiatiquement comme le courant le plus contestataire à l’égard du capitalisme, permet de maintenir l’idée qu’il existe une réelle opposition politique en France. Mais dès lors que cette extrême-gauche valide les conditions du capitalisme, on se rend bien compte qu’en fait elle n’est plus dans un rôle d’opposant mais dans un rôle d’adjudant.

La gauche est consciente, selon vous, d’être finalement au service du capitalisme ou joue-t-elle le rôle d’idiot utile ?

Je fais la distinction entre les militants et les cadres dirigeants. Je pense que la grande majorité des militants est sincèrement anticapitaliste mais, psychologiquement, n’admet pas l’idée que combattre le capitalisme implique, si on veut être cohérent, de combattre la culture capitaliste, c’est-à-dire cette culture individualiste, narcissique, égocentrique. Finalement l’extrême-gauche milite d’avantage pour l’extension des droits individuels que pour la réappropriation collective des moyens de production. Les principes fondateurs du Nouveau Parti Anticapitaliste, ouvrage coécrit par Olivier Besancenot, met bien en évidence que c’est la recherche de la liberté individuelle qui prime. Dans ces principes fondateurs, on retrouve les mots « femme » et « féministe » qui apparaissent des dizaines de fois, le mot « homosexuel » apparaît plusieurs fois, le mot « prolétaire » n’apparaît qu’une fois et le mot « ouvrier » n’apparaît pas.

A gauche on prétend que « l’ordre », sous-entendu « l’ordre fasciste », serait le parfait allié du capitalisme, qu’en pensez vous ?

Je pense que c’est une idée qui est bien séduisante à l’esprit pour des militants qui peuvent éprouver un besoin de révolte légitime ou d’une sorte de quête de supplément d’âme pour des jeunes, souvent étudiants et dénués d’expérience du travail réel et qui du coup, pensent que la menace est représentée par ce qu’ils appellent la réaction, la tradition, le conservatisme voir le fascisme parce que historiquement, il est vrai que le pouvoir a put être autoritaire mais on se rend compte aujourd’hui que les modalités du pouvoir se sont complètement transformées. Aujourd’hui la domination ne passe pas par la restriction des libertés mais par l’exaltation de ces libertés. Mais une liberté non pas stoïcienne, rousseauïste, c’est-à-dire une liberté non pas fondée sur la maîtrise des passions mais une liberté réduite à la satisfaction immédiate du désir. Et dès lors que l’on a réussi à convaincre les individus que leur liberté correspond à l’expression de leur désir et bien on les soumet inconsciemment à la logique de consommation. Du coup leur servitude objective est vécue subjectivement comme une liberté.

Qui représente aujourd’hui le combat anticapitaliste ?

Dans l’état actuel des choses, je pense que ce n’est pas dans la politique telle qu’elle existe sur le plan institutionnel que peut se trouver une solution. Les liens de subordination avec les instances supra-nationales (l’Union Européenne, l’OTAN, etc.) empêchent tout levier d’action au niveau national. C’est par la multiplication des initiatives populaires que l’on va pouvoir progressivement changer la donne. Aujourd’hui, la vrai lutte anticapitaliste ne passe pas par l’application d’un programme politique mais par l’incarnation individuelle et collective des valeurs anticapitalistes. On ne peut pas combattre les valeurs individualistes en étant soit même individualiste. Je ne crois pas dans la révolution ou le coup d’état, mais en réintroduisant du lien et de l’inter-subjectivité, on pourra progressivement sortir de la matrice idéologique du libéralisme pour ensuite envisager un « après » dans des conditions qui sont plus favorables.

Photos : DR

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