Interview de Laurent Obertone, auteur de « La France Big Brother »

27/01/2015 – 13h00 Montpellier (Lengadoc-info.com) – Alors que Laurent Obertone présentera son livre, « La France Big Brother » ce mercredi soir à Béziers, nos confrères de Breizh Info ont interrogé l’auteur sur le contenu de son livre choc.

Comment définiriez vous Big Brother en quelques mots ? N’est-ce pas finalement la somme de toutes nos renonciations qui a permis son règne sans partage ?

Big Brother existe de fait, à travers tous ces individus qui contrôlent l’expression et qui pensent la même chose. Pour autant suivent-ils tous des directives, émanant d’une entité concrète ? Ce n’est pas certain. Et il est évident que nous tous jouons un rôle important dans cette histoire.
En société, chacune de nos paroles est conditionnée par une peur très concrète et pourtant invisible. La première peur de l’homme est d’être exclu de son groupe. Il a donc tendance à adopter des jugements moralement conformes. La puissance médiatique symbolise ce pouvoir d’exclusion, les gens la subissent au quotidien, passent des heures à ingérer le martelage de slogans, aussi bien publicitaires que politiques. Ils finissent par les adopter, par facilité, par peur, par besoin d’exister.

Big Brother peut-il s’affaisser ?

Si il devient dispensable, oui. Si par exemple des auteurs et des médias dissidents peuvent exister sans lui, rivaliser avec lui, oui. Internet le permet, mais il reste un nain face à un géant.

Les événements de Charlie Hebdo et leurs suites (mobilisation, unité nationale, négation du réel …), postérieurs à l’écriture de votre livre, sont pourtant déjà écrits dans votre ouvrage. Comment définiriez vous ce que la France a vécu (et vit encore) ? Cette offensive tout azimut de Big Brother n’est-elle pas finalement le signe de son déclin, tout du moins d’une menace vitale pour lui ?

On peut l’interpréter comme ça : une sorte de réaction désespérée, face un réel qui n’est plus maîtrisé, et qui a l’incorrection de ne pas nous offrir du vivre ensemble radieux. Quand apparaissent les signes de l’Apocalypse, on observe des regains de ferveur. Tous les individus directement responsables de la situation (au niveau de la sécurité, Cazeneuve, Valls, Hollande) en sortent renforcés, et au-delà de ça, l’idéologie qui a construit une telle situation a retourné à son avantage un désastre. Ce qui montre que la communication, dans laquelle ils investissent tant, est plus importante que la réalité. Cette manipulation de masse a fonctionné. Il n’est pas certain que ça dure. Mais pour l’instant, beaucoup de gens veulent croire. Ils ont tant investi dans la société factice de Big Brother qu’ils n’imaginent pas s’en détourner.

Que répondez-vous à ceux qui vous qualifient « d’écrivain d’extrême droite » ?

À partir du moment où ils définissent la droite par Alain Juppé, ils auraient dû mal à faire autrement. Mais m’apposer cette étiquette, quand je n’ai aucun lien avec aucune formation politique, quand je ne propose aucune solution politique, c’est une sorte d’agression infamante de Big Brother, censée m’ostraciser, et censée faire hésiter mes lecteurs potentiels. Notez encore une fois l’iniquité de cette arme antiraciste : on peut en toute impunité dire de quelqu’un qu’il est d’extrême droite, alors que c’est l’attaque la plus infamante qui soit. Voilà pourquoi personne n’ose s’attaquer à Big Brother : il a pour lui la puissance d’expression, et ses armes morales sont très supérieures.

Alors que les livres d’Obertone, de Zemmour, de Houellebecq ou de Soral caracolent en tête des ventes à chaque nouvelle sortie, signe d’un intérêt croissant du lecteur et donc du peuple, le système semble verrouillé. Comment l’expliquez-vous ?

Il est verrouillé, mais malgré tout, des auteurs se vendent, ont leur public, font parler sur Internet. En face, Big Brother n’a que la calomnie et la loi du silence, ce qui ne suffit plus. Si les auteurs peuvent se passer de Big Brother pour exister et diffuser leur pensée au-delà de leur public, malgré la pression et la censure, c’est que Big Brother est doucement en train de perdre son combat. Combat à mort, ça va sans dire.

Dans votre ouvrage, vous analysez toutes les strates de la société Big Brother (médias, politique, éducation, ..). Néanmoins, vous n’ouvrez pas de pistes pour le futur. N’est-ce pas un peu fataliste ? Sommes-nous condamnés ?

Je montre à quel point la société confortable entraîne une forme de passivité, qui ne peut être renversée que par une minorité agissante, ou par une évolution brutale de la situation. Il est très difficile de prédire ce qui va se passer, mais le temps qui passe joue pour Big Brother. Son capital de dégâts grandit, ses dégâts deviennent irréparables.

 Y-a t-il selon vous aujourd’hui des personnalités politiques influentes qui s’opposent à Big Brother ?

Sur certains points, peut-être, comme nous tous, mais jamais totalement. Ils jouent tous son jeu, celui de la communication. Tout politicien a peur des agressions morales de Big Brother, tout politicien élabore sa stratégie de conquête en fonction de lui, pour ne pas risquer d’être exclu par lui. Le politicien, pour avoir une chance de gagner, donc de séduire, doit incarner Big Brother, il ne peut pas se fâcher définitivement avec lui.

La France Big Brother est votre troisième ouvrage, après la France Orange mécanique et Utoya. Cela vous demande à chaque fois deux années de travail ? (vous annoncez le prochain ouvrage en 2017)

Ça dépend du projet. Un essai me demande un an d’écriture, mais il y a quelques années de prise de notes en amont. Utøya a été écrit un peu plus rapidement. Mes essais sur la France constitueront une trilogie. Mais il n’est pas impossible qu’une autre publication s’intercale entre ce troisième volet et La France Big Brother. Ça reste entre vos lecteurs et moi, bien entendu.

Que contiendra en plus l’ouvrage à paraître de la France Orange mécanique ?

Une réponse à mes détracteurs, un retour sur les pressions subies, l’analyse de l’affaire Charlie Hebdo, l’actualisation des chiffres, un regard sur la politique menée depuis, l’ajout de nombreux faits divers significatifs…

Vous allez tenir une série de conférences très prochainement, dans toute la France, pouvez vous nous en parler ? Avez vous déjà été menacé ?

Oui, surtout lors de la période France Orange mécanique, mais jamais directement lors de mes déplacements. Aujourd’hui les pressions sont plus subtiles. Pressions sur les libraires, les médias, ceux qui pensent à m’inviter. Je ferai, comme pour présenter chaque livre, un tour de France, en mars-avril. J’invite les lecteurs intéressés à consulter mon agenda de déplacements sur le site de mon éditeur, ring.fr.

Vous avez 30 ans aujourd’hui. Comment imaginez vous la France, l’Europe, dans 50 ans ?

Anticiper la contraction de l’utopie et de la réalité… Voilà qui pourrait faire l’objet d’un prochain livre.

Source : Breizh Info

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One comment

  1. Merci à M. OBERTONE pour son travail de résistance.
    La conférence de Béziers était passionnante.
    Un public courtois et réceptif. Des questions pertinentes, des réponses tout aussi argumentées.
    Bref, un petit moment d’espoir dans un monde sombre et déprimant.
    France 3 était visiblement présent… Quel en sera le compte rendu médiatique, s’il en existe jamais un.

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