Gendarmerie. Retour sur la tuerie de Saint-Just (63)

02/02/2020 – 20h00 Montpellier (Lengadoc Info) – La tuerie de Saint-Just dans le Puy-de-Dôme dans la nuit du 22 au 23 décembre 2020 avait coûté la vie à quatre personnes. Trois gendarmes arrivés sur les lieux suite à un appel pour des violences intra-familiales (VIF) ainsi qu’au forcené, Frédérik Limol, qui aura mis fin à ses jours après avoir incendié son domicile. Lengadoc Info a pu consulter le Retex (retour d’expérience) de la Gendarmerie sur cette opération.

Des faits dignes d’une scène de guerre

Les unités de gendarmerie ont procédé à 2,4 millions d’interventions en 2020, dont plus de 40% de nuit. 170 000 de ces interventions portent sur des violences au sein de la cellule familiale et sont considérées comme étant des interventions « à risque » par les militaires. Malgré leur savoir-faire, les gendarmes qui sont intervenus ce soir-là au lieu-dit Le Cros dans la commune de St-Just (63), ne s’attendaient pas à tomber en pleine zone de guerre.

Il est vrai que le forcené, dont la femme s’était réfugiée sur le toit du domicile, était particulièrement aguerri. Ce sont d’ailleurs deux des points qui seront mis en avant dans le Retex de la Gendarmerie. Frédérik Limol était beaucoup mieux équipé et entrainé que les gendarmes et il connaissait parfaitement les lieux. Adepte du tir sportif et du survivalisme et dans un état de rage incontrôlée, il s’en est pris aux gendarmes avec une violence extrême dès leur arrivée sur zone. Trois d’entre eux trouveront la mort très rapidement et un quatrième sera blessé. Après un premier échange de tirs, Frédérik Limol incendiera son domicile et profitera de la panique pour récupérer son véhicule et s’échapper. On retrouvera le corps de Frédérik Limol auprès de son véhicule accidenté à 1500 mètres de son domicile, une balle dans la tête et un Glock à la main.

Cette opération entrainera le déploiement de 350 personnels de Gendarmerie dont celui du GIGN.

Infographie réalisée par Le Parisien

Un retour d’expérience « à chaud »

Si cette affaire reste avant tout une tragédie pour les forces de Gendarmerie, il n’en reste pas moins que ce type d’intervention fait partie des missions auxquelles ses membres sont amenés à être confrontés. Il a ainsi été demandé à la cellule nationale de retour d’expérience de la Gendarmerie Nationale (CNRetex) d’effectuer un bilan de cette opération. Un document (à diffusion restreinte) de 36 pages que nous avons pu consulter et dont nous traçons ici les lignes principales. Aucun élément d’ordre tactique n’est dévoilé et le floutage des visuels a été réalisé par nos soins.

Résumé de la situation/Retex Gendarmerie

On remarque d’entrée que le style est typiquement militaire et destiné à servir de document de travail. Aucune fioriture malgré la perte de trois éléments. Il faut quand même arriver à lire entre les lignes pour percevoir une réelle demande derrière le ton froid utilisé. Par exemple en introduction page 4, nous pouvons lire « Le caractère tragique de l’intervention a suscité beaucoup d’émotion […]. Dans ce contexte, les unités et personnels ont contribué spontanément et avec beaucoup de lucidité à ce retex, avec l’attente forte de mesures concrètes de nature à leur permettre un engagement quotidien dans des conditions plus sûres et sécurisées au service de leurs concitoyens. » Également dans la conclusion page 36, « Des mesures concrètes paraissent devoir être mises en œuvre, pour répondre à des besoins réels et des attentes fortes du terrain. L’enjeu majeur est de sécuriser l’engagement des personnels et des unités sur le terrain, dans des interventions du quotidien toujours plus complexes et dangereuses, et de conforter la résilience individuelle et collective de la gendarmerie au service de la population. »

Le document s’articule sobrement en trois parties. Une description de l’opération (Points clefs de l’intervention), un bilan de l’opération (Principaux enseignements) mettant en avant les points positifs et les points négatifs et pour terminer, un ensemble de propositions d’améliorations (Préconisations) visant à pallier les manques qui auront conduits à cette tragédie.

Concernant les points positifs on relèvera page 11 « La réponse opérationnelle à cet événement s’est appuyée sur la subsidiarité d’action et la capacité de montée en puissance de la gendarmerie nationale. Ainsi, en quelques heures, à partir des 5 personnels primo-engagés, le dispositif verra le déploiement d’un effectif de 350 militaires, au début de la matinée du 23 décembre. ».

Cette efficacité dans l’organisation du déploiement de la réponse à la crise est évidemment à porter au crédit des forces de Gendarmerie. Mais elle répond surtout à un manque d’implantation à la fois en termes d’effectifs qu’en terme de formation de ceux-ci. La localisation de la tragédie (un hameau reculé et boisé) entrainant obligatoirement des délais d’intervention ainsi que des difficultés d’organisation liées aux contingences topographiques. Il sera également souligné un défaut d’adaptation à des situations, malgré tout exceptionnelles, où les forces d’intervention qui sont les premières à arriver sur place se retrouvent sous-équipées et dont la formation aux techniques d’intervention n’est pas adaptée à la confrontation avec un forcené entrainé et équipé comme l’était Frédérik Limol. Des préconisations seront donc faites dans ce sens.

Toujours au chapitre des préconisations, outre un meilleur accès au fichier des détenteurs d’armes à feu (sportives ou de chasse) afin d’évaluer la potentialité des risques d’une intervention, il sera procédé à un focus sur la mouvance survivaliste qui semble prendre de l’ampleur ces dernières années. Attention, ceci ne concerne en rien une directive générale mais une description de la menace rencontrée dans ce cas particulier de St Just (63) et de Frédérik Limol.

Ainsi page 35 « De nouvelles formes de violence et de radicalité se sont développées, en particulier autour du survivalisme, qui se nourrit des théories complotistes. Ses adeptes sont organisés notamment, autour de la création d’un lieu de retraite clandestin ou défendable, favorisant le stockage de nourriture et d’équipements divers, mais aussi, d’armes de défense ou de chasse, de stocks de munitions et s’équipent de matériels militaires performants. Ils comptent de plus en plus d’adeptes, s’implantent surtout dans des zones rurales reculées de nos territoires.

Cette menace, d’une nature nouvelle, est aujourd’hui élevée et durable. Son évolution rapide au cours de ces dernières années doit par conséquent faire l’objet d’une attention soutenue. Les actions doivent être anticipées, en mettant à profit toute information préoccupante recueillie à l’occasion de l’activité classique des gendarmes. »

NB : Lengadoc Info tient à adresser ses condoléances aux familles des trois militaires qui ont perdu la vie lors de cette tragique intervention le 22 décembre 2020, ainsi qu’à leurs camarades. Les victimes sont le brigadier Arno Mavel (21 ans), le lieutenant Cyrille Morel (45 ans) et l’adjudant Rémi Dupuis (37 ans).

Photos : Lengadoc Info/Le Parisien

Lengadoc-info.com, 2020, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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