La Bête du Gévaudan, une légende Lozérienne

16/02/2021 – 17h30 Mende (Lengadoc Info) – A l’orée de la forêt de Mercoire, en cette journée de juin 1764, Jeanne, la jeune bergère faisait paître son troupeau. L’air était doux, et le vent tiède, tandis qu’elle filait en fredonnant une quenouille de laine blanche.

Elle fut retrouvée morte, partiellement dévorée, première victime d’une « Bête », dont la province de Gévaudan porte encore le douloureux souvenir. À quelques lieues de distance, ce sont plusieurs enfants qui périssent sous les crocs assassins de la Bête durant l’été 1764.

Alors on appela les dragons, sous le commandement du capitaine Duhamel, de Clermont-Ferrand. Les battues se succédèrent, on dressait de hautes piles de carcasses de loups, mais la Bête tuait et tuait encore, l’automne passa, puis l’hiver.

L’évêque de Mende et comte de Gévaudan, Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré, écrit un mandement resté célèbre. Il y évoque les épizooties qui frappent la province, la grêle et les orages. La Bête y est assimilée à ces fléaux, envoyés par Dieu pour châtier les pécheurs. Des prières de quarante heures sont invoquées, ainsi que des processions, pour conjurer la colère divine.

1765, l’année terrible…

Mais la Bête demeure, l’année 1765 est la plus dure avec plus d’une victime par semaine. De temps en temps une lueur d’espoir permet un court répit, comme lorsqu’une courageuse mère de famille met en déroute l’animal pour protéger son enfant. Un autre événement heureux survient lorsque le « Petit Portefaix », 10 ans, défend, l’arme à la main, un groupe de gamins assailli par la Bête. Il sera récompensé par une prime de 300 livres et ses études assurées par l’État.

Les plaintes contre Duhamel se multiplient, et les dragons sont bientôt rappelés. On fait quérir les Denneval, louvetiers du roi, pour chasser la Bête… Mais le pays est rude… et ses habitants fiers. La neige en tourmente perd les hommes dans les bois, et, malgré d’importants massacres de loups, la Bête hante encore les sombres lisières des forêts du Gévaudan.

Parfois décrite comme un loup immense, une hyène ricanante ou un hybride plus effroyable encore, la Bête tue… Ses victimes favorites sont les enfants, les femmes, les vieilles. On tente de l’appâter avec les corps de ses victimes, de l’empoisonner, de la traquer, de la piéger, mais personne ne réussit à avoir la peau du Loup. Sporadiquement, un coup de lance, de fusil ou de bâton touche au but, mais la Bête est robuste et même les plus habiles chasseurs du royaume de France échouent. Le roi Louis XV est moqué par les journaux de toute l’Europe.

Alors, en juin 1765, le roi rappelle les Denneval, et fait mander François Antoine de Beauterne, lieutenant des chasses royales. Une prime de 10 000 francs est offerte à celui qui débarrassera le Gévaudan de sa Bête. La chasse est donnée.

Deux mois s’écoulent, les hommes ratissent les forêts, une équipe de rabatteurs composée d’hommes du pays armés de bâtons crient et effarouchent les animaux, poussés jusqu’aux fusils des hommes de Beauterne.

La chasse du 20 septembre est heureuse, et les rabatteurs débusquent un grand loup, immédiatement mis à mort. On crie victoire, les soldats du roi quittent le Gévaudan. Naturalisée, la créature fait sensation à la cour de Versailles. A Paris on s’amuse, on rit, on se congratule. Mais en ce début d’automne 1765, en Gévaudan, la Bête va tuer encore.

Les nobles locaux, personnalisés par le Seigneur d’Apcher, organisent de nouvelles chasses. C’est alors qu’apparaît un singulier personnage : Jean Chastel, ermite vivant, dit-on, avec ses chiens et ses fils au pied du Mont Mouchet. Déjà emprisonné pour avoir joué un mauvais tour aux dragons du roi, il prend part aux chasses du seigneur d’Apcher.

La Bête du Gévaudan qui a fortement marqué les esprits

Jean Chastel, terreur de la Bête :

Certaines rumeurs imputent le dressage de la bête à Jean Chastel. On murmure qu’il aurait été émasculé par les barbaresques à bord d’une galère. Son fils Antoine, vivant à la ferme du Mont Mouchet fait également l’objet d’accusations par la population locale. On les dit sorciers, et nul ne sait aujourd’hui quels étaient les liens réels entre les Chastel et la Bête.

C’est néanmoins le meurtre d’une jeune enfant, décapitée par l’animal qui plonge Chastel dans une rage profonde. Il fit fondre, selon la légende, des médailles de la vierge au-dessus de sa cheminée, et en fit trois balles, qu’il fit bénir ainsi que son arme.

Le 19 juin 1967, cela fait trois ans, presque jour pour jour après la première attaque de la Bête. Chastel part, fusil à la main, dans les bois. Il s’assied, au pied d’un chêne, l’esprit calme, et se plonge dans son missel, puis, levant les yeux il croise un regard. Un regard de fauve, aux yeux brillants. Achevant ses litanies apprises de longue date entre ses dents, il fait face à la Bête, immobile. Les deux sont comme des félins prêts à bondir, la Bête hésite, grogne puis s’assied. Chastel range ses lunettes, charge son arme, épaule et tire.

« Bête, tu ne tueras plus » ce sont les mots que Chastel aurait crié en pressant la détente.

La créature mise à mort ce jour-là fut emmenée à Paris, mais le roi, épouvanté par l’odeur de la charogne, ne daigna même pas recevoir l’homme qui, pourtant, avait mis un point final aux massacres qui ensanglantaient le Gévaudan. Chastel fut renvoyé, et la carcasse enterrée dans les jardins du château.

Voici l’histoire vraie de la Bête, « qui mangeait le monde » en Gévaudan, il y a plus de deux siècles. Aujourd’hui demeure la légende. D’aucuns disent, qu’en Lozère, lorsque les vieux la content, à demi-mot le soir après souper, une lueur singulière s’allume dans leurs yeux. Et, lors des froides soirées d’hiver, qui peut vraiment dire ce qui rôde, à la croisée des anciens chemins ou dans les creux d’ombres glacées qui séparent les montagnes. Telle est l’histoire légendaire de la Bête du Gévaudan.

Statue commémorative de la Bête à Marvejols

Goupil

Bibliographie :

BUFFIERE Félix, Ce tant rude Gévaudan, tome 2, édition SLSA Lozère, Mende, 1985, 1924 pages.

CHABROL Jean-Paul  et all, La Lozère de la Préhistoire à nos jours, Editions J.-. Bordessoules, Saint-Jean-d’Angély – 2002, 429 pages.

POURCHER Pierre, Histoire de la bête du Gévaudan, véritable fléau de Dieu, 1889, Marseille, 1981, 1040 pages.

Filmographie :

Le Pacte des Loups, réalisé par Christophe Gans, 2001.

Photos : Lengadoc Info

Lengadoc-info.com, 2020, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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