Cinéma. Byramdasuren Davaa et la quête des steppes mongoles

26/02/2021 – 19h00 Montpellier (Lengadoc Info) – Dans sa dernière œuvre « Les Racines du Monde » qui devait sortir en France le 3 février 2021, la réalisatrice Byramdasuren Davaa (BDD), aborde les thèmes du bouleversement, de l‘entropie que symbolise l’installation de sociétés minières dans les steppes mongoles dédiées à l’élevage et au nomadisme.

Une œuvre consacrée à la Mongolie sauvage

Née en 1971 en Mongolie extérieure, Byramdasuren Davaa popularise la culture mongole. On retrouve dans son œuvre les thèmes d’Ossendowski, dans « Bêtes, Hommes et Dieux ». La simplicité de la vie nomade, l’économie de tout ce qu’offre la mère-terre et le père-ciel, le bonheur au quotidien de célébrer les esprits de la nature, les rituels discrètement évoqués y côtoient le sentiment de l’impermanence d’un peuple marqué par le tengrisme (*).

Après des expériences de coréalisatrice en Mongolie extérieure et la censure (l’intérieure se trouve en Chine), Byramdasuren Davaa achève ses études de droit et de cinéma à Munich en Allemagne. Elle y réalise des ethno-documentaires sur la base de contes traditionnels et reçoit de nombreux prix. « L’histoire du chameau qui pleure » en 2003, « Le chien jaune de Mongolie » en 2005, « Les 2 chevaux de Gengis Khan » en 2011 et bientôt, espérons-le, « Les Racines du Monde » qui devrait également connaitre un succès bien mérité.

Une quête de l’identité entre tradition et modernité

Confrontée à l’avancée inéluctable de la modernité technique, Byramdasuren Davaa indique s’appuyer sur les contes qui l’ont particulièrement touchée. En parlant de son travail, elle déclare : « J’essaie de m’adresser autant au cœur et à la perception qu’au cerveau ». Aussi évoque-t-elle en touches légères ce qui concerne ses croyances et le domaine du spirituel, la culture orale, l’incursion de la technique et du modernisme, les arts du quotidien, la musique consubstantielle à la vie mongole. Et ceci à travers des paysages à la sauvage et grandiose beauté : steppes, montagnes rocheuses, désert de Gobi.

Le prochain film de Byramdasuren Davaa ©AlloCiné

La réalisatrice, consciente de la fragilité du mode de vie nomade, qu’elle fixe sur la pellicule et de l’urbanisation fatale, sait que cette vie va s’éteindre et montre avec sensibilité et infini respect la vie simple de ses personnages sous tous les aspects. Empreinte de la notion d’impermanence et d’interdépendance, elle saisit sans révolte, la cohabitation de la tradition et de la modernité. Byramdasuren Davaa veut transmettre son amour de la vie traditionnelle, de son peuple et de ses propres racines. D’ailleurs, citons-la une fois encore : « pour chaque être humain, il est important de connaitre son passé, de connaitre ses racines, de savoir ce que l’on a sous les pieds, autrement le sol se dérobe » et également « parce que je suis née en Mongolie, je vois la vie au-delà de ses valeurs linéaires et matérielles. Je veux croire en un monde où traditions et modernité peuvent cohabiter ».

Et dans l’ouverture du « Chien jaune de Mongolie », le père de la petite héroïne ensevelissant le chien jaune donne tout son sens à l’œuvre de Byramdasuren Davaa « tout le monde décède un jour, mais personne ne meurt ».

A découvrir, voir et revoir.

* Le tengrisme ou parfois tangraïsme était la croyance majeure des Xiongnu, puis des Xianbei qui comptaient des populations turques et mongoles durant l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge. Gengis Khan qui le pratiquait est d’ailleurs appelé « fils du ciel », tengri signifiant « le ciel ».

PS : Voir notre article sur le film « Le dernier loup » de Jean-Jacques Annaud

Photos : Lengadoc Info/AlloCiné

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