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« Lectures en son cloître ». Quelques idées de lecture durant le confinement [Partie 5]

27/03/2020 – 14h20 Montpellier (Lengadoc Info) –  Durant cette deuxième semaine de confinement, Lengadoc Info vous propose de découvrir chaque jour deux ouvrages à lire… ou à relire !

Courage, de François Bousquet

« Donnez-moi un levier et je soulèverai le monde. Ce levier est en nous , c’est le courage. »

Avec ce « manuel de guérilla culturelle », François Bousquet, rédacteur en chef de la revue Eléments et directeur de la Nouvelle Librairie, entre dans l’arène et multiplie les passes de muleta face à la lâcheté du monde.

Cet essai, qui réveille comme un ristretto, est écrit par un homme qui prouve qu’il en a, du courage, avec sa librairie implantée au quartier latin, terre de reconquête idéologique s’il en est.

Prenant Jankélévitch, Gramsci et Homère à témoin, et Soljenitsine comme modèle, il multiplie les leçons simples et rudes qui apprennent à avancer à découvert, à haïr le mensonge, le lâche silence et surtout

l’indifférence jouisseuse. Suivant Spengler, il rappelle que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant-coureur de la fin. Pourfandant l’ordre des « salles de rédaction et des tribunaux d’opinion (…), l’armée des zélateurs et des délateurs» et la dévalorisation de la virilité masculine, il propose d’entrer dans les

cercles vertueux du courage pour faire lever la pâte de la volonté et rallier la société civile à ce combat pour sa survie. Une indifférence au déclin de l’Occident qu’il balaye intelligemment et spirituellement par tous les arguments qui appellent au combat, toute vie n’étant au fond que cela.

Et puisque c’est à la mode, voici un manuel de développement personnel, celui-là épique, qui tend vers le plus exigeant épanouissement des hommes à qui il reste un honneur, une culture ou un pays à défendre et qui ne l’ont pas encore oublié.

L’Ivraie, de Bruno Lafourcade

Bruno Lafourcade est né en 1966 dans le Sud Ouest. Après des études de lettres modernes, il a travaillé dans l’agriculture, la restauration, la publicité et l’enseignement.

Il est l’auteur de romans et de nouvelles (Etché, Le Portement de la Croix, L’Ordre, Les Bostoniens), d’essais (Les Boues profondes de Georges Bernanos, Conseils à un jeune écrivain, Sur le suicide (2014) aux éditions François Bourin), et de pamphlets. Parmi les plus récents : Les Nouveaux Vertueux (éd. Jean-Dézert), L’Ivraie (éd. Léo Scheer), Saint-Marsan (éd. Terres de L’Ouest), Une jeunesse les dents serrées (éd. Pierre-Guillaume de Roux), et Le Hussard retrouve ses facultés (éd. Auda Isarn). On lui doit également une série d’articles pour La revue critique des livres et des idées et une chronique régulière pour la revue Éléments. Il a également collaboré à la réédition de Monsieur Ouine, de Georges Bernanos.

L’Ivraie est le roman pour lequel son auteur a reçu le paradigmatique prix du suicide littéraire, et qui à ce seul titre mériterait déjà notre curiosité. Jean Lafargue, écrivain méconnu et à court d’argent, accepte au pied levé un « remplacement » dans un lycée professionnel de la banlieue bordelaise. Le nouveau professeur découvre, autant effaré qu’amusé, la réalité de l’enseignement. Il montre, avec un humour féroce, la démagogie du personnel enseignant et l’acculturation d’une jeunesse imprégnée de complotisme. Mais il noue aussi des liens étroits avec une élève qui a suscité l’hostilité de ses camarades ; et qui le renverra, sans le savoir, à sa vocation littéraire et aux espoirs de sa propre jeunesse.

«  À l’illetrisme répondait l’absence de maintien : on se tenait comme on écrivait, atrocement – on se vautrait, s’adossant contre le mur, ramenant les genoux vers soi, les talons sur la chaise, ou bien se couchant sur la table, la joue sur son bras, l’écharpe en oreiller. De même que l’on se tenait atrocement, on s’adressait atrocement, sur le même ton, avec les mêmes mots, à tous : le copain, sa grand-mère, des inconnus, le patron, un facteur, un invité, ses professeurs ; quand on est étarnger à l’idée de colonne vertébrale, on l’est à celle des niveaux de langage. La langue est charnelle, et le corps grammatical : la même syntaxe doit gouverner les mots et les reins. »

Ses lecteurs auront remarqué, et l’auteur s’en défend trop modestement, que l’apparente aisance d’écriture est le résultat d’un travail et d’une application, cette habitude en voie de disparition. Le vocabulaire recherché, les expressions aussi délicieuses que désuètes sont un cadeau fait à notre connaissance, avec la vivacité et l’esprit des grands pamphlétaires. Il a été largement dit que Lafourcade écrivait comme on combat, avec ses envies de tout casser. Et nous qui aimons la fougue, nous réjouissons qu’en voulant mettre knock-out la laideur de ce monde, les livres de Lafourcade nous fassent tant de bien.

Photos : DR

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