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Exclusif. Une enseignante témoigne contre les nouveaux rythmes scolaires

22/12/2014 – 13h00 Montpellier (Lengadoc-info.com) – Testée en 2013 par Vincent Peillon et généralisée à la dernière rentrée par Benoît Hamon, la réforme des rythmes scolaires pour les écoles maternelles et primaires, fait régulièrement parler d’elle par l’hostilité qu’elle soulève aussi bien chez les parents que chez les enseignants. Lengadoc Info a rencontré une enseignante de la région montpelliéraine qui a accepté de témoigner anonymement car elle pourrait être sanctionnée par sa hiérarchie.

Pour elle, ce qui est choquant, ce sont les Temps d’Activités Périscolaires (TAP) mis en place par cette réforme. Dans son établissement, chaque jour, à partir de 16h, les enfants sont pris en charge par des agents municipaux pour faire des activités diverses ( anglais, poterie, sport, musique, etc) et ce jusqu’à 18h30. Désormais ces activités ont même lieu le midi. Le résultat ne s’est pas fait attendre, « on ne voit que des petits qui pleurent, qui n’en peuvent plus. On les prend par la main, on les pousse, on les tire. Ils sont fracassés de fatigue, ils n’ont qu’une envie, c’est qu’on les laisse tranquilles ». Les temps de repos qu’ils devraient avoir sont finalement pris sur les heures de classe. Ainsi l’après-midi, comme il est impossible pour l’enseignant de faire travailler les élèves, ces heures sont consacrées à la sieste. De même, à partir de 16h, l’enseignant est obligé de quitter sa classe pour laisser la place à des animateurs que l’on ne connaît pas et qui changent tout le temps. « Les enseignants sont relégués au second plan, ce n’est plus l’école qui prime, on ne veut plus de nous».

« Ces rythmes scolaires qui sont censés effacer les différences entre les classes sociales, sont, au contraire, créateurs d’inégalités. Les enfants dont un des parents ne travaille pas, peuvent partir de l’école et rentrer chez eux dès 16 heures. Mais sur ma classe d’une trentaine d’enfants, cela ne concerne que trois élèves. C’est criant d’injustice ». « Les enfants sont dans un sentiment d’abandon et ils nous le font payer », «on est obligés de les pousser comme on pousse des moutons vers l’abattoir ». Sans compter que tout cela n’est pas gratuit, « les parents en ont pour environs 180 € par mois ».

« On ne les laisse plus se reposer, on ne les laisse plus rêver. On ne leur apprend plus qu’à zapper, à passer d’une activité à une autre ». « On est en train de faire des enfants qui subissent la violence de l’activisme des adultes ». Face à cela, les enseignants sont souvent bien seul. « Dans le village où j’enseigne, la mairie socialiste suit totalement les directives du ministère ». Quant aux syndicats, « on ne les comprend plus, ils sont à la solde du gouvernement ».

Photos : DR

Lengadoc-info.com, 2014, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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10 Commentaires

  1. Il est urgent de relire les décrets et de les appliquer correctement. En effet, le temps scolaire est diminué de 3/4 d’heure par jour. C’est un plus pour les apprentissages. La pause méridienne de 12 à 14 h c’est un temps de détente pour l’enfant et non un temps contraint. Après la classe, le Temps d’Activité Périscolaire n’est pas obligatoire. Les parents sont libres de retirer leurs enfants ou de les placer en garderie ou en étude. Le TAP c’est un temps choisi par l’enfant, ce n’est ni une discipline ni un temps subi par l’enfant. Ce temps n’est pas à la charge de l’école mais de la commune. La commune doit donc recruter un personnel qualifié et les activités proposées non pas pour but de créer un esprit de compétition mais plutôt d’initiation. L’esprit de la réforme c’est de présenter l’enfant détendu à l’école et après les cours c’est donner à l’enfant la possibilité de s’épanouir et de rentrer détendu chez ses parents. Certes quelques communes ont été surprises de devoir mettre en œuvre des activités périscolaires non obligatoires. Même si elles ont bénéficié d’un financement de 50€ par enfant, elles ont fait pour le mieux en cette première année. Cela devrait s’améliorer car l’enfant n’est plus perçu comme une charge mais comme un investissement pour la commune.

    • Serra, il y a un monde entre les gens qui rédigent ce genre de décrets stupides avec la complicité honteuse de syndicats enseignants et d’associations de parents majoritaires mais finalement très peu représentatifs, et le monde réel dans lequel les enseignants, les parents, les collectivités et surtout les pauvres enfants se débattent pour tenter d’y coller  » au mieux »! Si au moins, comme vous l’affirmez, tout le monde avait réellement le choix, entre TAP et garderie, entre récupérer son enfant plus tôt ou le laisser bénéficier de ces si enrichissantes activités ! Et que dire du décret Hamon, qui regroupe les activités sur un après-midi sans raccourcir aucunement les autres journées, ni celle-là d’ailleurs ? Et laissez-moi également vous dire que pour ce qui est des enfants détendus, c’est loupé. Je suis moi aussi enseignante et je peux vous dire que pour gagner une matinée d’apprentissage, vous perdez le jeudi et le vendredi complets. Sachant que le lundi, la plupart des enfants sont également peu disponibles, je vous laisse faire le calcul tout seul… Cette propagande du ministère pour faire accepter cette réforme est purement scandaleuse de même que le muselage de tous ceux qui ont tenté de parler pour s’y opposer. Je ne pense pas être trop loin de la vérité en affirmant que les objectifs de ce remaniement du temps scolaire sous couvert de « l’intérêt de l’enfant » cache des objectifs beaucoup moins louables, notamment économiques. En effet, plus les enfants seront gardés à l’ecole et pas chez des nounous le mercredi et même les autres jours, moins cela coûtera d’argent à l’État. Qui se moque bien de savoir que les enfants sont bien souvent moins en securite que ce soit physique ou morale. J’entends bien s’exprimer certains « animateurs » recrutés par défaut et qui d’ailleurs sont une insulte à une profession déjà trop peu reconnue, et j’ai même vu des enfants courir sur le toit de mon école. Sur le plan des apprentissages, cela ne fonctionnera pas, nous les enseignants nous le savons déjà. Comme nous savons aussi que l’on nous rejettera la responsabilité de cet échec. Alors que la magnifique « école inclusive » de notre chère ministre en fait rêver certains, dont vous peut-être, nous nous attendons au pire car accueillir tous ces enfants différents sans moyens supplémentaires (car oui soyons honnêtes, si l’école s’en donnait RÉELLEMENT les moyens le budget serait colossal), c’est juste plomber définitivement l’école publique. C’est l’objectif, inavoué car peu glorieux. Et oui, l’école coûte cher, trop cher. Ce qui est urgent, Serra, c’est d’écouter les gens qui sont sur le terrain, ce qui urgent , c’est que les gens se réveillent pour ne pas laisser faire ça. Il n’y a que la rue pour faire reculer le gouvernement, mais pour cela il faudrait que chacun se sente vraiment concerné, et ne pas attendre que d’autres bougent à notre place.

    • Bonjour Serra,
      – Vous avez déjà essayé de vous détendre dans une salle remplie à craquer de jeunes enfants ? (essayez…. c’est bruyant, et cela d’autant plus que les enfants sont entassés : ça les énerve)… Bien sûr, il ne s’agit que des enfants qui mangent à la cantine… mais leur nombre va grandissant… parce que les parents travaillent (avez-vous essayé de faire vivre une famille avec un seul salaire, proche du SMIC ? c’est dur, savez-vous ? !)
      – avez vous déjà laissé seul votre enfant de 2 à 10 ans, rentrer chez lui, tout seul pour se faire à manger, afin que le TAP ne soit pas un temps contraint?
      Vous dites : »l’esprit de la réforme c’est de présenter l’enfant détendu à l’école et après les cours c’est donner à l’enfant la possibilité de s’épanouir et de rentrer détendu chez ses parents. » Oui, mais le problème, c’est que l’esprit de la réforme s’entête à ne pas répondre. On sait pas pourquoi !
      Croyez vous au spiritisme ?

  2. Serra vous êtes sûrement un politicard à la solde du gouvrenement pour écrire un tas de « conneries » aussi grosses que cette reforme.

    Je suis enseignant; vous sûrement pas. C’est le fléau de la France de laisser parler, penser et agir des gens de votre espèce.

    La réforme, telle qu’elle a été présentée, avait pour but d’améliorer les résultats scolaires en allégeant les journées. La droite y a penser, la gauche l’a fait. Plutôt de l’avoir écourté ce décret appliqué aux forceps en défiant la république et la démocratie, allonge considérablement le temps de présence des enfants en collectivité.

    On oublie de dire que ce qui fatigue les enfants ce n’est pas la classe mais la collectivité, le bruit de centaines d’enfants présents pour la majorité 8 à 10 heures par jour dans les couloirs, daans la cour de récréation.

    Cette réforme va convaincre définitivement les parents de se diriger vers les écoles privées. L’offre est en train d’exploser.

    Telle est le but de la réforme, larguer l’éducation nationale aux collectivitées territoriales.

    Moins d’elèves inscrits moins de subventions. La France n’a que faire de ses profs improductifs.

    La valeur phare est devenue l’argent, argent tu as, instruction tu auras.

    On ne relèvera pas non plus vos arguments subjectifs et totalement déconnectés de la vie de l’école, d’un enfant et d’un prof que l’on considère comme cadre et qui est payé comme un chef de rayon, et moinq qu’un policier faisant la circulation.

  3. Cette dame enseignante a parfaitement raison. Cette réforme est une nouvelle malfaisance faite à notre futur. Hélas tout l’accent est désormais porté sur le ludique, le périscolaire. L’apprentissage des savoirs est désormais bien secondaire, de toutes façons il n’y a plus que les « activités », les enseignants sont payés pour que les enfants sachent lire écrire etc… qu’ils en fasse leur affaire. Les convoitises, frustrations et rancœurs des parents se donnent libre cours du fait de la comparaison incessante qui est faite entre les différentes écoles. Ce dont chacun a besoin, et les enfants tout particulièrement, dans notre société totalement déséquilibrée et ou les groupes sociaux se dissocient les uns des autres c’est de stabilité, d’équilibre et d’unité autour d’un centre. C’est l’inversion de ces principes qui est à l’œuvre encore davantage avec cette réforme. Hélas, quelles qu’auront été les motivations des auteurs de cette loi malfaisante, ils ne pourront bientôt plus que se lamenter disant « nous n’avions pas voulu cela ».

  4. En effet entre les textes des décrets et la réalité catastrophique que subissent nos enfants, il y a un monde.
    Cette réforme est scandaleuse !
    Chez nous les TAP sont minables (http://dordogne-contre-reforme-rythmes-scolaires.com/pur-produit-des-tap/) et placés sur la pause mérdinenne, donc l’amplitude des journées est exactement la même qu’avant la réforme. Nous sommes en milieu rural et en plus coincés par les horaires de transport scolaire qui n’ont pas changé. Chez nous les TAP sont, de fait, obligatoires ! Nos enfants sont épuisés !
    Vivement l’abrogation de cette réforme stupide contre laquelle des milliers de parents se battent depuis 18 mois !

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