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Economie. C’est quoi une cryptomonnaie ?

05/07/2018 – 20h30 Montpellier (Lengadoc Info) – Bitcoin, cryptomonnaies, Ethereum … nul doute que depuis quelques mois, ces mots vous les avez lus ou entendus dans la sphère médiatique sans en comprendre le sens. En effet, que ce soit pour encenser cette curiosité ou pour la diaboliser, la plupart des journalistes font surtout preuve de leur incapacité à appréhender ce sujet fort complexe, qui lie des notions monétaires et technologiques ardues.

Pourtant il est tout à fait possible d’expliquer de manière schématique à un néophyte ce qu’est une cryptomonnaie. Pour ce faire, il est nécessaire d’aborder trois notions fondamentales qui en sont la clé de voûte : la monnaie, la blockchain, et les cryptodevises. Et c’est ce que nous allons tenter de faire à travers cet article.

« Le peuple reçoit la religion, les lois, comme la monnaie, sans l’examiner » Voltaire

La monnaie est sans doute l’une des notions les plus partagées à travers le monde, chacun conceptualise ce qu’est une monnaie sans pour autant être capable de la définir ou de la comprendre de manière détaillée.

Le meilleur moyen d’appréhender cette notion est de partir de la définition donnée par Aristote au 4ème siècle av. J.C. Selon lui, une monnaie doit remplir trois fonctions principales : être un intermédiaire d’échange (permettre de se libérer d’une obligation) ; être une réserve de valeur (rendre compte d’une possession de richesse) et enfin être une unité de compte (permettre le calcul économique ou comptable). Tout au long de l’histoire humaine la monnaie a changé de visage, passant des coquillages à l’or, puis aux billets de banque. Ce long processus historique a conduit à une dématérialisation de plus en plus importante de la monnaie, et ce sous l’impulsion de deux facteurs :

D’un côté, avec les accords de la Jamaïque en 1976 et l’abandon de l’étalon or, les monnaies n’ont plus de base physique réelle. Cela signifie que la valeur d’une monnaie ne dépend plus de la quantité d’or détenue par la banque centrale qui l’émet mais s’appuie sur une valeur fluctuante que lui donnent les marchés financiers (taux de change) ainsi que la confiance que lui accorde ses utilisateurs.

De l’autre, avec le développement de l’informatique, il n’est plus nécessaire de déplacer physiquement des billets de banque pour effectuer une transaction mais simplement de transmettre une information entre deux ordinateurs où l’un va inscrire un débit et l’autre un crédit (c’est le cas lorsque l’on paie avec une carte bancaire par exemple). Cet argent dématérialisé ou virtuel est appelé monnaie scripturale et représente plus de 90% de la monnaie dans le monde.

Cette évolution de la monnaie conduit à tirer deux leçons : les monnaies que nous utilisons tous les jours (euro, dollar…) sont principalement virtuelles et leur valeur repose simplement sur la confiance que leur accordent les utilisateurs ainsi que le taux de change déterminé par les marchés financiers.

Pour finir cette brève présentation, il convient de rappeler que les monnaies sont depuis des siècles la prérogative exclusive des Etats qui déterminent sur leur territoire la devise utilisée et contrôlent directement ou non son émission. Pourtant cette réalité séculaire est mise à mal depuis 10 ans sous l’impulsion de la création d’une monnaie décentralisée, le Bitcoin.

Au commencement était la blockchain

Avant même de pouvoir aborder la notion de cryptomonnaie telle que le Bitcoin, il convient de comprendre ce qu’est une blockchain (où chaîne de bloc en français). Techniquement la blockchain est une base de données distribuée, dans laquelle sont inscrites l’ensemble des actions effectuées sur cette dernière après vérification de leur authenticité.


La blockchain peut être utilisée pour transmettre des informations, des liens ou encore des jetons. C’est ce dernier cas de figure qui nous intéresse pour comprendre les cryptomonnaies. Métaphoriquement la blockchain peut être imaginée comme un grand livre comptable dont tout le monde peut détenir une copie. Sur ce grand livre comptable est inscrit l’ensemble des transactions qui ont eu lieu depuis sa création (par exemple si Pierre a transmis 1 jeton à Paul le 30 juin 2018, puis Paul a transmis 2 jetons à Coralie le 1 juillet 2018 ; ces deux transactions seront inscrites dans la blockchain).


La difficulté réside dans le fait qu’il faut empêcher la falsification du livre comptable, sinon Paul pourrait dire que Pierre ne lui a pas transmis un seul jeton mais des centaines. Pour cela toutes les transactions effectuées chaque minute sont regroupées dans un bloc, et ce dernier subit une vérification d’authenticité par des procédés cryptographiques. Si aucune transaction n’est falsifiée alors le bloc (composé de multiples transactions) sera inscrit sur le livre comptable (la blockchain).

La blockchain permet donc de transmettre un actif, une information, une chose entre deux personnes sans avoir recours à un tiers parti (par exemple une banque) tout en bénéficiant de l’inviolabilité et de la traçabilité de toutes les transactions effectuées.

Il est nécessaire de comprendre que la blockchain est antérieure aux cryptomonnaies et qu’elle est le principe technologique sur lequel ces dernières vont s’appuyer.

2008, la naissance d’une cryptomonnaie : le Bitcoin

En 2008, Satoshi Nakamoto, développeur aussi brillant que mystérieux (personne ne connaît sa véritable identité) invente, au sein d’une blockchain qu’il a développée, un actif échangeable qui aura le rôle d’une monnaie : le Bitcoin (première cryptomonnaie de l’Histoire).

En s’appuyant sur la technologie de la blockchain et les avantages qu’elle procure il souhaite que le Bitcoin remplisse les trois fonctions qu’Aristote prévoyait être « l’essence d’une monnaie » : intermédiaire d’échange, unité de compte, réserve de valeur.


Grâce à la blockchain qui stocke toutes les transactions effectuées sur le réseau, la fonction d’unité de compte est dès le départ respectée.


Il convient de rappeler que c’est la confiance et le consensus qui permettent à une monnaie d’être un intermédiaire d’échange. Il est nécessaire que des gens acceptent d’échanger un bien matériel contre une monnaie pour que cette dernière crée un consensus. Selon la légende, la première transaction effectuée en Bitcoin serait l’achat d’une pizza par un jeune passionné d’informatique. Depuis cette genèse, des centaines de milliers de personnes ont commencé à accepter les cryptomonnaies (au fil des années) comme intermédiaire d’échange, que ce soit des maraîchers, des vendeurs de logiciels, des restaurants, des loueurs de biens immobiliers… il est aujourd’hui possible de vivre à Tokyo entièrement en utilisant des Bitcoins. Même si leur adoption est encore loin d’être complète, il est évident que les cryptomonnaies, et en particulier le Bitcoin, ont su créer un lien de confiance auprès de millions de personnes à travers le monde et, de ce fait, ont rempli la fonction d’intermédiaire d’échange.


Pour finir, en ce qui concerne la fonction de réserve de valeur, bien que ce thème soit encore largement débattu, il est possible d’avancer un argument qui va dans ce sens : les Bitcoins, comme la plupart des cryptomonnaies, sont émis dans un volume limité ; en l’occurrence, il y aura en tout et pour tout 21 millions de Bitcoins en circulation. Or, au fur et à mesure, si le nombre de leurs utilisateurs vient à augmenter, le nombre de jetons en circulation sera, lui, toujours le même. Ce qui fait que la demande dépassera l’offre, avec pour conséquence de faire accroître leur prix.

Il est donc indiscutable que les cryptomonnaies sont bel et bien une monnaie, même sans base légale. Elles se démarquent de tout ce que nous avons pu connaître au cours des 2 derniers siècles par le fait qu’elles sont produites par un algorithme mathématique sans recours à une autorité centrale. Il est fort probable que dans les années qui arrivent, les cryptomonnaies transforment nos vies …

Corentin Soularue

Photos : DR

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